Fleurs artificielles

Sarah Derat

Née en 1984, vit et travaille à Paris

Matières précieuses, formes léchées, tonalité gaie ou légère : les œuvres de Sarah Derat ne révèlent pas leur noirceur au premier abord. Foncièrement ironiques, ses installations, vidéos, photographies et textes sont conçus comme des mécanismes à double détente : séduit par la perfection formelle de pièces aux accents souvent minimalistes, le spectateur ne peut saisir leur sujet véritable qu’une fois au pied de l’œuvre. Le décalage est alors brutal entre la touchante naïveté d’un titre ou d’une image et la trivialité ou l’horreur qu’ils évoquent : moulages d’implants mammaires en guise de " beauté intérieure ", victimes américaines de meurtres là où l’on croyait voir de banales photos de famille...
Si le fait divers, de Warhol à Gonzales-Torres, est une référence fondamentale de l’art contemporain, Sarah Derat s’écarte toutefois du traitement qui lui est ordinairement réservé, entre poids de la compilation et monumentalisation tragique. Car la violence subie ou infligée n’est pas considérée ici comme une donnée brute : toute l’ambiguïté de son travail tient en effet à ce que la crudité des faits cités n’exclut pas la mise en scène. Ce qui est en jeu à travers cette spectacularisation de l’infâme, ce sont les réactions troubles de tout un chacun, au sein d’une société du trash qui invite aux sentences lapidaires et aux fascinations malsaines.
Pour Tétris, œuvre présentée sous la Tour des sorcières, Sarah Derat a composé un damier fleuri constitué de fleurs en plastique préalablement utilisées pour fleurir les tombes dans les cimetières.
Un tel modus operandi permet à l’artiste de détourner ce rituel et de générer une lecture à double tranchant, entre la facture séduisante et colorée de ces fleurs en plastique et l’omniprésence naturelle de la mort qu’elles suggèrent.

Marc Bembekoff et Nicolas Heimendinger

L'oeuvre

Tétris, 2009
Fleurs artificielles trouvées dans les poubelles de cimetières, polystyrène, acier, 700 x 250 cm
Courtesy de l’artiste et de la galerie Super Dakota, Bruxelles

L'oeuvre est visible à la Tour des Sorcières

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