Histoire de la Bibliothèque Humaniste et de ses collections (suite)

La bibliothèque de Beatus Rhenanus



rhenanus 

 - 14 ko

rhenanus

Le 20 juillet 1547 mourut le savant Beatus Rhenanus, de son vrai nom Beat Bild, ami d’Erasme qui l’appelait son alter ego. Il fut enseveli à l’église Saint-Georges. Né à Sélestat le 22 août 1485, il fut l’élève de Craton Hofmann dès l’âge de six ans. La bibliothèque conserve son cahier d’écolier des années 1498-1499 ; grâce à ces pages on prend connaissance à la fois de la richesse de l’enseignement donné et de l’intelligence de l’élève. Après des études brillantes à la Sorbonne de 1503 à 1507, sous la direction de Lefebvre d’Etaples, il exerça le métier de correcteur et de philologue, d’abord à Paris chez l’imprimeur Estienne, puis chez l’imprimeur strasbourgeois originaire de Sélestat Mathias Schurer, ensuite à Bâle chez les imprimeurs Jean Amerbach et surtout chez les Froben. Il fut en contact avec les plus grands érudits de l’Europe.



DSC00646 

 - 23.9 ko

DSC00646

Il avait commencé à se constituer une bibliothèque dès son plus jeune âge. La fortune de son père, Antoine Bild, bourgmestre, lui permit d’acquérir 57 volumes avant son entrée à l’université en 1503 : ouvrages de grammaire et de rhétorique (Alexandre de Villedieu), ouvrages d’humanistes (Nicolaus Perottes, Franciscus Niger). Pendant ses études universitaires à Paris, il put acquérir 188 volumes ; parmi celles-ci on compte 20 traités d’Aristote, des éditions d’auteurs latins classiques et des éditions princeps de Pères de l’Eglise. A l’âge de vingt-deux ans, il possédait déjà 253 livres, ce qui était considérable pour l’époque. Sa longue carrière littéraire lui permit d’acquérir de nombreuses éditions parisiennes et frobéniennes qui forment une des originalités de sa bibliothèque.
Outre les éditions auxquelles il collabora comme correcteur et philologue (Tertullien, Eusèbe de Césarée, Sozomène, Sénèque, Quinte-Curce, Velleius Paterculus , Pline l’Ancien, Tite-Live, etc.), il acheta de nombreux écrits. Il reçut de nombreuses œuvres qui portent souvent sur la page de titre l’ex-dono. Il échangea plusieurs de ses propres éditions avec celles de ses amis. Chacune de ses œuvres porte presque toujours l’ex-libris manuscrit de Beatus Rhenanus dont une formulation montre combien Rhenanus tenait à sa bibliothèque ; en effet il marque parfois sur la page de titre " Sum Beati Rhenani Nec muto dominum " (" J’appartiens à Beatus Rhenanus et je ne change pas de maître "). Anobli par l’empereur Charles Quint en 1523, il a fait décorer plusieurs de ses reliures par ses armoiries. 222 livres forment des recueils qui peuvent contenir jusqu’à 30 œuvres différentes, la plupart couvertes de notations marginales, qui résultent parfois de la collation d’un manuscrit découvert dans une autre bibliothèque. N’oublions pas de signaler la correspondance de Beatus Rhenanus : 255 lettres autographes d’amis sont encore conservés dans la bibliothèque de Sélestat.

Tous ces trésors, 423 volumes contenant 1 287 œuvres et 41 manuscrits éparpillés dans divers recueils, auxquels il faut ajouter 33 manuscrits anciens et les lettres autographes représentent un total de 1 686 documents légués. Ces objets furent d’abord déposés dans la chancellerie municipale et rangés avec les archives de la ville, puis déménagés à la douane. En septembre 1757, les livres furent transportés dans la resserre d’archives de l’église Saint-Georges, où se trouvaient encore les ouvrages de la bibliothèque paroissiale. En 1840 les bibliothèques ont été installées à la mairie.



App0002 

 - 12 ko

App0002

Jusqu’au XIXe siècle les ouvrages étaient essentiellement utilisés par les érudits et les enseignants. En 1841, fut ouverte à Sélestat la première véritable bibliothèque publique cherchant à intéresser l’ensemble de la population à la lecture. Grâce à une importante politique d’acquisition, les locaux de la bibliothèque, installée au deuxième étage de la mairie, vont se révéler bientôt trop petits. La décision est alors prise d’aménager l’ancienne halle aux blés en bibliothèque, bâtiment qui sert toujours actuellement à la conservation de ces trésors patrimoniaux.

L’originalité de cette bibliothèque réside dans l’homogénéité du fonds, composé de nombreuses éditions parisiennes du premier quart du XVIe siècle, des éditions aldines, des éditions frobéniennes mais aussi alsaciennes, ainsi que du legs de livres et manuscrits grecs que Rhenanus a hérité de son professeur, l’humaniste Jean Cuno, qui décéda à Bâle en 1513.

La Rhenana reste le témoin privilégié de l’humanisme alsacien et rhénan. Grâce aux volumes de cette collection, aux reliures artistiquement confectionnées, aux pages couvertes de notes, le chercheur d’aujourd’hui peut avoir une idée des principales préoccupations des érudits de nos régions et de tout le mouvement humaniste de la fin du XVe et du début du XVIe siècles.



-suite de l’histoire : du XIXe au XXe siècles


Haut de page

publié le 29 mars 2007