Usine, moteur !

Appréhender la création contemporaine comme un vecteur dynamique à l’écoute de son temps, tel est le principe qui préside à l’organisation de chacune des biennales d’art contemporain Sélest’art. Pour sa 21e édition, la ville de Sélestat choisit d’orienter la manifestation vers des pratiques artistiques dialoguant avec le numérique et en confie la direction artistique à Thierry Danet.

Ce dernier est le co-fondateur de la Laiterie – salles de musiques actuelles à Strasbourg – et le directeur du festival des Artefacts. En 1998, il crée L’Ososphère, un événement pluridisciplinaire autour des pratiques artistiques et des cultures du numérique, qui se déploie dans le temps et dans l’espace de Strasbourg. Ses propositions se préoccupent de l’espace public, augmentent le regard sur l’environnement urbain que nous habitons et intègrent le numérique comme l’une des signatures de l’époque.

En choisissant d’installer la biennale dans l’ancienne usine Dromson, Sélestat renoue avec les débuts, lorsqu’elle présentait les œuvres dans des locaux industriels désaffectés, tout en poursuivant son exploration du patrimoine architectural de la ville. Thierry Danet a une longue expérience en la matière. Il aime à explorer les bâtiments désertés qui ont marqué notre histoire contemporaine et participent de la silhouette de la ville et de la dynamique d’un quartier. D’abord installée à l’ancienne laiterie de la ville de Strasbourg, L’Ososphère investit la tour du môle Seegmuller, ancien silo à grain de l’Armement du même nom, et enfin, le complexe de la Coop au Port du Rhin.

Mais cet intérêt pour un patrimoine particulier ne relève pas de l’artifice ni d’une tendance quelconque. Ce qui est en jeu, c’est la réactivation de notre regard sur la ville ; l’action artistique augmente la perception que le visiteur a d’un lieu en l'habitant d’œuvres qui en redessinent les volumes et provoquent, par persistance rétinienne, une nouvelle manière de percevoir la ville.

Écran total. L’écran, objet et surface sur laquelle se joue une grande partie de notre quotidien, qui constitue sans doute un point d’articulation entre l’art contemporain et le numérique et au-delà, interroge notre rapport sensoriel à l’environnement. Dans la ville, les façades sont autant d’écrans-volumes sur lesquels nous projetons nos rapports intimes aux espaces publics que nous habitons ou traversons.

Avec cette nouvelle édition, le format de la biennale se détache de celui d’une exposition traditionnelle : le bâtiment n’est plus seulement réceptacle, il prend vie, réanimé par l’intrusion des artistes. Le public est invité à pénétrer dans l’ancienne usine Dromson et à vivre une expérience inédite, unique, dans ce bâtiment probablement visible pour la dernière fois en l’état, en immersion totale dans un espace redimensionné par des projections vidéo, nouvellement sculpté par la lumière et le son.

Au centre de cette édition, dans l’ancien atelier de maintenance du matériel agricole, une création au nom évocateur réactive le lieu. Au-delà de l’œuvre in situ, « MOTOR » du collectif 1024 Architecture est en effet un activateur d’espace qui propage son vocabulaire à travers le bâtiment jusqu’à un improbable « WALKING Cube », autre œuvre du collectif.

Dans les bureaux et les espaces indéfinis qui l’entourent, par les façades et les fenêtres, Dromson se fait écran dynamique pour le collectif AV Exciters et les artistes Antoine Schmitt, Patrice Belin, Krista van der Wilk.

Les murs et volumes de Dromson sont habités par Encastrable, les artistes Nicolas Schneider et Mathieu Wernert qui perturbent la perception de son vécu. Chaque samedi soir, un café-bar éphémère accueille une programmation musicale et des interventions performatives.

Pour réactiver le lieu dans un geste amoureux et ignorant des devenirs du bâtiment, les nouvelles technologies investissent ainsi les échos du vocabulaire mécanique et industriel originel du lieu, le fantasme des soupapes et pistons, de la symphonie mécanique mais aussi de la vie qui accompagne la production.

Avec cette proposition, Sélest’art entend laisser une trace persistante dans l’imaginaire collectif, redonnant à l’artiste sa place comme activateur de la fabrique – ou tout du moins de l’écriture - de la ville.

Thierry Danet
Directeur artistique

Contact

Service Médiation culturelle et développement des arts contemporains
03 88 08 69 64
arts.contemporainscontact@@@itsmyworld.comville-selestatcontact@.@toanotherworld.comfr

Dates et horaires de la biennale

Du samedi 21 novembre au dimanche 6 décembre 2015

Ouvert du mardi au dimanche 13h-19h. Entrée libre.

Vernissage vendredi 20 novembre à 19h sur site

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