Sélestat, 13 siècles d'histoire

Sélestat ne bénéficie pas seulement d'une situation géographique privilégiée dans un écrin de toute beauté entre le Ried et le Piémont des Vosges. La ville peut également s’enorgueillir de plus de mille ans d’histoire dont témoignent de nombreux vestiges remarquables : restes de cité fortifiée, magnifiques églises et belles résidences, notamment de la Renaissance et du 18è siècle français.

Des peuplades migrantes jusqu'à l'Empire Romain


Terre fertile aux possibilités d'exploitation variées, le territoire sélestadien a connu très tôt l'implantation de l'homme. Si l'on peut dire avec certitude qu'il s'y est sédentarisé dès le néolithique (env. 8000 à 3000 av. J.-C.), on a néanmoins retrouvé des traces de son passage remontant au paléolithique supérieur (env. 35000 et 10000 av. J.-C.). Sélestat et ses environs abritent ainsi une société humaine sans discontinuité jusqu'à l'âge de fer (env. 800 à 50 avant J.-C.).  Elle connaît également l'occupation romaine, ce que l'on peut notamment constater grâce aux monnaies impériales retrouvées lors de fouilles...


Entre légende et réalité


La légende veut que la ville ait été fondée par un géant du nom de Sletto (ou Schletto) dont nous conserverions l'une des côtes à la Bibliothèque Humaniste. Cela expliquerait le nom allemand de Sélestat : Schlettstadt : ville de Sletto.

En réalité, l'existence de Sélestat est attestée dès le 8e siècle avec la présence d'une chapelle carolingienne et d'un domaine royal. C'est à Sélestat que Charlemagne, alors en route vers la Lombardie, vient passer Noël en l'an 775.


L'arrivée des moines bénédictins


Il faudra toutefois attendre la fin du 11e siècle pour que Sélestat connaisse un nouveau développement. A cette époque, la comtesse Hildegarde de Buren, mère du premier des Hohenstaufen, fait construire sur ses terres, à l'emplacement de l'actuelle église Sainte-Foy, une chapelle dont elle fait don aux moines bénédictins de Conques en Rouergue. Quelques moines viennent s'installer à Sélestat dès 1094 et fondent ainsi le prieuré Sainte-Foy, dépendance de leur abbaye bénédictine, l'abbaye Sainte-Foy.

L'essor de la bourgeoisie locale
 

La ville connait un nouvel essor en 1217 lorsque l'empereur du Saint-Empire Romain Germanique, Frédéric II de Hohenstaufen, fait de Sélestat une ville impériale. Le prieuré bénédictin perd ainsi progressivement de ses privilèges au profit de la bourgeoisie locale. C'est au 13e siècle que la construction de l'église Saint-Georges est entreprise à proximité de l'église Sainte-Foy. C'est également à cette époque que la ville s'entoure d'un premier mur d'enceinte qui sera reconstruit, à la fin 13e siècle, pour englober de nouvelles communautés religieuses. Le développement de la ville est très important au Moyen Age, les corporations sont nombreuses. On en compte jusqu'à quatorze au 14e siècle. Les foires et marchés se multiplient. Les places de la ville ont d'ailleurs gardé le nom des marchés qu'elles accueillaient autrefois (place du marché aux poissons, place du marché aux pots, place du marché aux choux, etc.)


Une ville membre de la Décapole
 

En 1354, Sélestat fait partie des villes qui constituent la Décapole, ligue rassemblant dix villes libres alsaciennes au sein du Saint-Empire Romain Germanique, avec pour vocation le conseil et l'entraide dans un but sécuritaire et défensif. La position centrale de Sélestat fait d'elle le siège des archives et des réunions de la ligue.


Le rayonnement d'une ville humaniste
 

À la Renaissance, Sélestat atteint son apogée. C'est une ville qui a un certain poids en Alsace et dans le Saint-Empire Romain Germanique grâce à son école latine fondée en 1452. Véritable foyer de l'humanisme rhénan, l'école latine de Sélestat forme de grands humanistes dont les plus célèbres sont Beatus Rhenanus, Martin Bucer, Jacques Wimpheling. Erasme lui-même sera subjugué par le bouillonnement intellectuel de la ville au 16e siècle et lui dédiera un poème : "L'éloge de Sélestat".

17e et 18e siècles : sous les Fleurs de Lys


Lors de la Guerre de Trente Ans (1618-1648), Sélestat est occupée par les Suédois puis par les Français. En 1648, elle est rattachée au Royaume de France. Rapidement, les fortifications médiévales vont être démantelées pour finalement être remplacées, à partir de 1675, par une nouvelle enceinte dont les plans sont conçus par Vauban. Jusqu'à la Révolution, Sélestat connait paix et prospérité. La présence d'une garnison n'est pas étrangère à cette croissance économique.


De la Révolution à l’Empire


Les troubles révolutionnaires affectent Sélestat aussi bien que tout le Royaume. Cela dit, bien qu’aucune résistance significative à l’avancée de la République ne soit à noter, c’est avec une certaine réticence que les habitants embrassent ses idéaux, notamment en ce qui concerne le clergé. La Terreur est tiède à Sélestat avec "seulement" deux exécutions. Plus enthousiaste est l’accueil réservé à l’Empire de Bonaparte : Sélestat devient d’ailleurs sous-préfecture en 1806, à la place de Barr. De même, l’industrie et l’économie sélestadiennes prospèrent. La gloire militaire du régime peut s’appuyer sur la résistance acharnée de Sélestat, qui subit siège sur siège en 1814, mais ne se rend jamais, malgré les bombes et les épidémies, sous le commandement notamment de Charles Schweisguth.


De l'Empire à la guerre franco-prussienne
 

Après la chute de l’Empire, Sélestat voit d’assez loin les régimes se succéder. Les révolutions de 1830 et 1848 ont relativement peu d’influence sur la cité, bienveillante envers la patrie, mais réservée envers ses dirigeants. Le plébiscite de 1851, qui installe en quelque sorte Louis-Napoléon Bonaparte sur le siège d’Empereur, est toutefois un grand succès, comme un peu partout en province. Plus surprenant est le résultat du dernier plébiscite du Second Empire, en 1870, quelques mois avant la guerre qui bouleversera la face de l’Alsace et de l’Europe : à rebours de l’Alsace, pour le "oui" à 81%, Sélestat se prononce pour le "non".

19e siècle : briser les murs


En 1815, Sélestat joue un rôle régional important dans le sud du département en se positionnant comme chef lieu d’arrondissement et pôle de services. Le premier développement industriel est modeste mais original.

La ville se spécialise, dans un premier temps, dans le tissage de toiles métalliques pour la papeterie, une invention sélestadienne. Cette activité prendra un caractère industriel par la suite avec la construction de deux grandes usines hors les murs.

La croissance démographique générale au cours de la première moitié du 19e siècle est bonne. Celle-ci est alimentée par une excellente natalité et des migrations. Néanmoins, cette ville de garnison manque d’air car elle est prise dans le carcan de ses remparts, ce qui va peu à peu la faire décliner et précipiter l’exode rural de la deuxième moitié du siècle. Ce n'est qu'à partir de 1875 que commence le démantèlement des remparts ce qui va permettre l'extension de la ville hors les murs.


20e siècle : guerres et paix


Ce décloisonnement ne permet pas à Sélestat de rattraper son retard démographique sur les grandes villes d'Alsace. Toutefois, les aménagements dont elle bénéficie (lignes ferroviaires, renforcement du service public) lui permettent de tenir une place importante de carrefour dans le département.

La guerre de 1914-1918 lui coûte un millier d'habitants ; en contrepartie, le retour à la France lui est profitable : la population s'accroît significativement et la ville s'étend, tandis que les industries s'installent en nombre et que les voies d'accès se multiplient : ligne Paris-Sélestat, tunnel de Sainte-Marie-aux-Mines.

La seconde Guerre Mondiale marque un coup d'arrêt à cette progression, mais encore une fois Sélestat rebondit et observe, lors des quinze années suivant la fin du conflit, sa plus grande croissance depuis le début du 19e siècle.


Depuis 1980 : un nouveau départ


Cette dynamique est stoppée lors des crises des années 1970, au profit du développement de Strasbourg et Colmar notamment. Mais une nouvelle phase s'amorce pendant les années 1980. Diverses structures sont créées : l'ADAC, le SIVOM et la Communauté de Communes, qui accompagnent le développement de Sélestat en tant que place forte de l'Alsace Centrale. L'accroissement constant de la population depuis le début des années 90 témoigne de la cohérence de cette politique.