les oeuvres

8 artistes exposeront leurs oeuvres dans la ville, que le public pourra découvrir au détour d'une place ou d'une rue :

Brutaliste Brume

Jésus S. Baptista

« La dualité entre l’urbain et la nature est au coeur de ma démarche. Elle est présente dans l’ensemble de mes projets sous diverses formes. Perçu comme une récompense, l’accès à la nature s’oppose, dans mes souvenirs, à l’environnement agressif de la ville vécu au quotidien ».
Composée de deux demi-cercles emboités autour d’une colonne de lumière, reprise formelle d’une coupe de tronc d’arbre, cette installation à l’architecture brutaliste évoque une forêt figée dans une brume crée par des parois en bâche translucide laissant deviner la présence du public immergé à l’intérieur d’un univers feutré, hors du temps.
Conçue après une année 2020 qui a quelque peu bouleversé les rapports de chacun à l’espace urbain, social, privé ou naturel, cette oeuvre propose aux spectateurs d’aller à la recherche de l’esprit de la nature avec des sensations nouvelles.

  • Place de la République

 

Le messager

Camille Bellot et François Pottier

La forêt constitue le lieu d’une émotion intense, espace rare où la nature a conservé quelques droits et où parfois la silhouette d’un animal sauvage est aperçue pour disparaître aussitôt découverte. L’expérience de cette rencontre imprègne le passant d’un sentiment intense, magie suscitée par le spectacle d’une nature libre, vivante et fragile.
Le territoire de la ville a parfois coupé ce lien fondamental pour faire de l’expérience sensible du vivant un environnement dur et muet. La sculpture réalisée pour Sélest’art cherche à réintroduire cette possibilité d’un contact poétique.
Notre civilisation a instauré des démarcations et s’efforce de maintenir la forêt à la frontière de nos cités. Au début de la crise sanitaire pourtant, de nombreux animaux se sont introduits au coeur des centre-villes, profitant du confinement pour investir les espaces désertés de leurs habitants. Cette visite n’a eu besoin d’aucune politique spécifique, seulement d’une respiration silencieuse pour advenir.
L’apparition d’un animal de la forêt au coeur de Sélestat tend à faire émerger un de ces moments de grâce, capables de provoquer une compréhension émotionnelle de la nature. À travers la figure d’un cerf immense, rencontré au détour d’une ruelle, c’est l’espoir d’une réconciliation qui est évoqué, suggérant la fin d’une opposition qui fait de l’essor d’un territoire la destruction de l’autre.
Au Moyen-âge, le cerf représente longévité et résurrection : capable de vivre plusieurs siècles, l’animal possède la faculté de traverser les époques. Témoin de l’évolution de nos civilisations ou gardien ancestral de la mémoire de la forêt, son apparition dans un espace urbain est un événement intriguant, sa symbolique en fait le messager idéal, le héraut d’un contact, d’une réconciliation possible de la ville avec la forêt.

  • Place du Docteur Maurice Kubler

Unedo

Gaëtan Gromer

Dans le Parc des Remparts, un petit arbre semble couvert de béton. Il palpite et émet un son discret, mais saisissant, à intervalle régulier. À chaque fois que ce son se fait entendre, soit toutes les 6,97 secondes, les forêts du monde perdent définitivement l’équivalent de la superficie globale du parc, soit 12 400 m, à cause de la déforestation massive et d’une implacable artificialisation du monde. La vertigineuse statistique prend corps : actuellement, un hectare de forêt disparaît toutes les 1,11 secondes.
De cet arbre sinistre jaillit une petite branche provenant d’un arbuste bien vivant : un arbousier (arbutus unedo). Plante pyrophile, ses graines se réveillent au contact du feu, lui permettant de repousser dans des espaces dévastés par des incendies. Le geste artistique matérialise ainsi cette fabuleuse capacité de la nature à renaître de ses cendres, et montre que la préservation de la nature est avant tout cruciale à la survie de l’Homme.


Production et accompagnement technique : Les Ensembles 2.2 (Benoît Jester, Nicolas Schneider, Doriane Thiéry).

  • Parc des Remparts

Aménagement

Séverine Hubard

Les oeuvres de Séverine Hubard prennent couramment la forme de sculptures monumentales installées dans l’espace public. Artiste nomade, son travail fait l’objet de nombreuses commandes qu’elle échafaude dans des environnements divers, espaces culturels ou naturels, sur chaque continent.
L’oeuvre Aménagement confirme l’intérêt particulier qu’elle porte aux charpentes, ici les colombages, ossature si caractéristique de l’architecture alsacienne. Séverine Hubard l’a conçue spécifiquement pour l’accommoder à la morphologie et à la croissance future de cet arbre remarquable. Enlacé ainsi, un hommage est rendu au paulownia et la nature, symboliquement, retrouve son ascendant perdu. « Pour la Forêt dans la ville, j’aimerais finalement mettre la ville, ici la maison, dans la forêt, ici l’arbre ».

Production et accompagnement technique : Société Bois2boo - constructeur de maisons en bois à Châtenois

  • Square Paul-Louis Weiller

L'ombre magique

Saba Niknam et Elsa Mroziewicz

Elsa Mroziewicz est artiste plasticienne, ingénieure papier pop-up, illustratrice, autrice et réalisatrice. Elle a créé nombre de livres d’artiste animés et livres illustrés, qui ont été publiés en France, en Allemagne et distribués à l’international. Ses oeuvres, aux influences mythologiques, invitent à se plonger dans des univers narratifs, oniriques et poétiques. Entre réalité et fiction, son travail se nourrit de la rencontre avec l’autre, ici ou ailleurs.
D’aussi loin qu’elle se souvienne, Saba Niknam a toujours puisé son inspiration dans la mythologie, les symboles et les contes du monde entier. Imprégnées d’une vision ethnologique, ses oeuvres sont les témoins de son intérêt pour les origines des croyances humaines et leurs rituels, ainsi que pour les univers magiques et chamaniques, notamment chez les peuples mongols et de Sibérie.
Ensemble, Elsa Mroziewicz et Saba Niknam proposent une oeuvre qui, au coeur de l’espace urbain, convoque la forêt et ses esprits. Peinte au sol, l’ombre portée de l’arbre s’anime par des procédés de réalité augmentée accessibles par tablettes ou smartphones. Un nouvel écosystème prend alors vie et donne à voir une fabuleuse biodiversité, féconde mais fragile.

  • Parvis de la Commanderie Saint-Jean

Numéro Vert

Jérémie Rigaudeau

Une expérience sonore et introspective de notre environnement.
Interroger notre environnement proche ou lointain afin de se sensibiliser aux questions écologiques actuelles nous oblige avant tout à « observer », ce sens premier, souvent perturbé dans notre quotidien, est pourtant le point de départ de nombreuses approches scientifiques, analytiques, ou critiques. Baptiste Morizot, philosophe et pisteur, évoque à ce sujet une altération de « nos relations au vivant, un appauvrissement de ce que nous pourrions sentir, percevoir, comprendre et tisser à l’égard du vivant. […] Une crise de la sensibilité ».
À partir de ce postulat, cette installation tente de rendre attentif à ce qui n’est pas visible. Le monde sonore active l’imagination, l’interprétation et l’interrogation, autrement que le monde visuel qui nous porte sans cesse à l’analyse critique. Par le son, nous redevenons « apprentis » comme le souligne Vinciane Despret, Philosophe des sciences, « nous ne savons pas tout » et l’expérience sonore est là pour « nous le rappeler ».
Numéro vert : le titre évocateur de ce projet de retransmission sonore souligne la capacité de notre faculté d’écoute à interroger la place réelle de l’Homme dans la « Nature ». La mise en forme de ce travail s’appuie sur la diffusion en direct, 24h/24 de sons captés à quelques kilomètres de Sélestat en plein coeur de la forêt. Cette retransmission se fera via une borne audio installée en plein coeur de la ville, proposant en temps réel un « paysage sonore » sans cesse renouvelé.
Simple gadget ou outil d’a irmation de notre potentiel d’écoute, mis à mal par l’air du temps mangé par les images ? Ce dispositif permet l’approche sensible d’un milieu proche trop souvent méconnu, en plaçant le public dans une posture d’accueil d’un objet poétique inattendu. Une autre manière de voir, un autre moyen de percevoir la parole de ce lieu riche de sens.

Partenaire local : DEFI-Ecologique (Sélestat), Expertise technique et environnementale
Accompagnement technique : CELLULE B, assistants d’artistes (Nantes), Etienne Montepied, développeur

I Skogens Namn (Au nom de la Forêt)

Alexandra Uppman

L’artiste finno-luxembourgeoise Alexandra Uppman présente I Skogens Namn (Au nom de la Forêt). Entièrement réalisée en stippling, technique pointilliste de prédilection de l’artiste, cette oeuvre propose un paysage de très grand format réalisé en disposant des points de marqueur acrylique sur un large panneau de bois brut. La grande minutie de son travail repose sur cette pratique minimaliste, révélant également le temps et la patience comme composantes essentielles de son processus créatif.
Adossée à une façade du Square Albert Ehm, l’oeuvre entend ouvrir, dans l’architecture locale, une perspective sur la forêt. Rendant hommage aux bois luxembourgeois, où l’artiste a installé son atelier, le dessin convoque une nature monochrome en pleine ville, et rappelle l’importance des paysages forestiers et sauvages des réserves naturelles de la région.
À la manière d’un trompe-l’oeil, l’illusion de paysage vu de loin se superpose, de près, au jeu d’ombres et de lumières, à la multitude de contrastes et de détails. Le visiteur est convié à se laisser prendre au jeu de cette expérience immersive au coeur de la nature, brute et graphique, au sein de laquelle l’artiste trouve son inspiration et son esthétique.

  • Façade, square Albert Ehm

Rêve d’un monde sauvage

Capucine Vandebrouck

Investis par Capucine Vandebrouck, les panneaux d’affichage municipaux sont habités par des images photographiques réalisées à partir de jus végétaux, des anthotypes. Ils s’effaceront progressivement durant le mois de la biennale sous l’action de la lumière. Métaphore de la fugacité et de la vulnérabilité du vivant, ces images apparaissent accompagnées de compositions de mots faisant directement référence aux textes du philosophe, naturaliste et poète américain, Henri David Thoreau (1817-1862). Surnommé « le poète des bois », l’amour et le respect de la nature qu’il transmet sont devenus une source d’inspiration aujourd’hui encore pour les scientifiques. Pour Thoreau, il est essentiel de renouer avec l’aspect sauvage de l’homme qui a été corrompu par le progrès technique.
L’homme, dans sa pensée anthropocentrée et orgueilleuse, préfère s’imaginer vivre à côté de la nature plutôt que d’en prendre part. En partant de ce constat dramatique pour l’environnement, que peut faire l’artiste pour limiter l’impact de l’homme sur la terre ? L’art peut susciter des émotions, véritables leviers pour éveiller les consciences à la cause écologique.
Des criées publiques autour de l’oeuvre de Thoreau se font entendre pendant l’inauguration de la biennale. La criée publique, comme le hurlement du loup, le brame du cerf, un cri sauvage et animal, un mode de communication primitif, permet de faire entendre ce travail de collaboration avec la nature.
Rêve d’un monde sauvage est une proposition où poésie, écologie, anthotypie et criées publiques s’allient pour revenir à nos origines.

  • Panneaux d'affichage municipaux du centre-ville